Les prénoms bretons ont du caractère

Comment t’appelles-tu ?

On dit souvent que notre personnalité s’adapte au prénom que l’on porte.

Porter un prénom relié à une région n’est pas anodin. Ce sont ses racines que l’on affiche et que l’on porte avec fierté.

Il y a même des études sur le sujet comme par exemple Le prénom : un élément de l’identité participant à l’évaluation de soi et d’autrui, à lire sur le site du Cairn, et dont un des auteurs se nomme Gueguan…

Le prénom breton est identifiable. Quand on rencontre un Yvonig ou une Nolwenn, il y a de fortes chances que l’Ouest leur parle.
Et s’il est une région où les prénoms sont identifiables, c’est bien la Bretagne !

Mais c’est finalement assez récent car ce que la plupart des gens ignore c’est qu’une loi datant du 1er avril 1803 (220 ans !) stipula que les nouveaux-nés ne devaient porter que les noms figurant sur le calendrier ou ceux de personnages historiques célèbres… mais pas ceux des calendriers locaux.

Exit les prénoms bretons, qui devenaient donc illégaux !

Identité, ma fierté

Saluons la ténacité de M. Le Goarnic, finistérien de Moëlan-sur-Mer, qui dans les années 50 eut maille à partir avec l’État français sous prétexte qu’il désirait simplement donner des noms bretons à ses enfants…

Adraboran, Brann, Diweza, Garlonn, Genn, Gwendal, Katell, Maïwenn, Morgan, Patrig, Sklerigenn et Yann virent bien le jour, mais certains n’étant pas reconnus par l’État, c’est comme s’ils n’existaient pas aux yeux de la loi.

En conséquence, cette famille n’eut pas droit aux allocations familiales. Le seul aspect positif est que les garçons de cette fratrie, inconnus de fait à l’état civil, évitèrent les deux années de service militaire, n’étant inscrits nulle part.

La famille résista durant près de quinze ans et pour finir, il fut attribué aux enfants une carte d’identité spéciale, affichant double nationalité, bretonne et européenne, permettant de contourner la loi de 1803.

À partir des années 70, les prénoms locaux sont enfin autorisés. Les prénoms bretons, bridés plus d’un siècle et demi, se mettent alors à se multiplier et continuent de séduire aujourd’hui.

Un prénom breton en breton, c’est logique

Restent à conquérir aux yeux de la loi les prénoms avec tilde (Fañch), et même ceux comme Derc’hen.
Alors que sur les noms ou mots bretons, les autres accents sont légaux : Sant-Maloù, Bilioù.

Ces affaires sont d’autant plus incompréhensibles qu’en Bretagne tous les panneaux de signalisation bilingues sont par ailleurs autorisés.

Ainsi, des communes affichent sans problème sur leur panneau un trigramme ou “c apostroche h” (Crac’h, Benac’h, Brec’h, Bodsorc’hel…), un accent circonflexe (Mêlewenn) et même les deux (Kledenn-Poc’hêr)…
De plus, les panneaux des rivières sont aussi souvent en breton ; et d’ailleurs “Le Trieux” s’écrit An Treñv, avec un tilde !

La langue bretonne est une langue régionale reconnue et active. Et pour une raison liée à la prononciation de certains mots, l’accent tilde ~ en fait partie.
Il existe également des calendriers bretons affichant bien Fañch. Alors pourquoi tout ce foin autour du tilde ?

Rappelons que depuis le 8 janvier 1993, le choix d’un prénom est libre !

Pourquoi choisir un prénom breton pour ses enfants

Le casse-tête du prénom commence souvent avant la naissance. Or l’avantage des prénoms bretons est qu’ils sont nombreux et variés.
En plus, ils dépassent rarement deux syllabes. Beaucoup de prénoms masculins sont féminisables en leur ajoutant un “a” au bout.
Il est également possible d’accoler à ces noms le diminutif affectueux “ig” : Alan-ig, Anna-ig, Gael-lig, Lena-ig, Noe-lig, Yann-ig, Yvon-ig…

Source Ofis publik ar breizhoneg :

“Choisir un prénom pour son enfant n’est pas anodin. Les prénoms sont des marqueurs d’identité que les enfants conserveront toute leur vie. À une époque de mondialisation et d’instabilité, les prénoms bretons ont l’avantage d’offrir des repères stables. Que vos enfants soient nés en Bretagne ou pas, leur prénom sera pour eux une référence importante vers laquelle ils pourront se tourner, une étape dans la construction de leur personnalité.
Tous les prénoms renvoient à un imaginaire collectif. Les prénoms bretons sont très anciens ; pour beaucoup, ils remontent au moins au 5e ou 6e siècles lorsque les Bretons de l’île de Bretagne (aujourd’hui la Grande-Bretagne) se sont installés en Armorique. On les retrouve nombreux dans les noms de lieux. Plus d’un, comme, Arzhur, Izold ou Marzhin, sont liés à la légende du roi Arthur.”

Voir aussi :
En 1966, la bataille judiciaire des prénoms bretons

Lecture :
Albert Deshayes
vient de sortir Les Prénoms bretons et celtiques, aux éditions Yoran Embanner.

Goody :
Quand le ñ était français…

 Lire aussi >> quel-prenom-breton-vous-plairait

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