L’imagination au pouvoir… local

L’imagination est la pierre angulaire de nos métiers de créateurs.

En cette période de ralentissement et de contexte particulier, comme une mise sur “pause” en attendant que passe l’orage, une notion avait perdu ses lettres de noblesse : l’imaginaire.

L’imagination en effet avait perdu un peu de sa vigueur, face au tout numérique, aux technologies dont les boutons nous permettent de presque tout avoir, tout faire, tout voir, sans devoir réfléchir.

On se laisse happer sans plus de temps à soi. Insidieusement, des robots (algorithmes) pensent de plus en plus à notre place. Qui rêve encore, qui laisse flâner son esprit, qui s’octroie du temps à ne rien faire ?

Mais aujourd’hui, en ce printemps 2020, confinés par nécessité, avec des occupations habituelles à l’arrêt, la vie nous a proposé une introspection sur nos modes de vie justement.

La technologie ne peut pas tout quand la nature et ses risques se rappellent à nous. Le fameux temps que l’on se plaint toute l’année de ne pas avoir, est là, devant nous.

L’imagination au pouvoir permet à la fois de rêver et de trouver des solutions. La situation actuelle – et dans la mesure où aucune préparation n’avait été envisagée – nous met devant l’application d’alternatives, de systèmes D.

L’on assiste à plus de liens alors que les rues sont vides, mais aussi à un retour à la culture, remisée trop secondairement jusque-là.

La créativité et l’imagination sont des roues de secours au moment où notre cerveau vient de réveiller le neurone “survie”.

Et dans ce dernier cas, l’imagination doit être l’alliée du bon sens.

Ainsi, en ces temps où la vie en communauté demande une solidarité à toute épreuve, il apparaît que le fait de produire localement n’a jamais été aussi précieux. Consommer localement aussi bien sûr. Cela va de paire.

Les régions n’ont pas attendu cette évidence. Partout en Bretagne, mais aussi dans les autres régions, les circuits courts sont mis en lumière…

Par définition, un producteur (éleveur, cultivateur de toute nature) est “local”. Il produit en local, son terrain ne bouge pas, logiquement. C’est au niveau de la distribution que les choses peuvent être différentes.

La différence réside sur le plan commercial, la vente, l’écoulement de ces productions.
Les filières en place sont : soit ultra courtes (directement à la ferme), courtes (marchés locaux), plutôt courtes (fournisseurs régionaux), puis plus larges – avec d’autant plus d’intermédiaires –, au-delà des régions, au-delà des pays, avec la multiplication à l’international des flux de camions sur les routes… pour finir par des absurdités de processus, des allers-et-retours inutiles uniquement pour défier le marché de la concurrence, mais sans se soucier de la qualité du produit, et donc de la santé du mangeur.

Ceci est aussi valable pour les artisans, les créateurs.

La mondialisation n’est pas l’alliée de la nature. Or, nous faisons partie de l’environnement. Si nous le mettons à mal, nous nous mettons en danger. Sans la planète et sa fascinante logique en termes de biodiversité, nous ne sommes rien.

Agir, produire et consommer local : une question de survie

On connaît la phrase “penser global, agir local”. Mais son application est lente à se mettre en place concrètement.

Nous devons retrouver le goût de produire près de chez nous, parce que c’est bon de pétrir de nos mains ce que nous utilisons co-créateur de et membre de l’Académie des Technologies via

La survie actuelle dépend de nombreux facteurs, des choix politiques aussi. En observant de près les sociétés, y compris les micro-sociétés, on s’aperçoit que ce sont les petites structures locales qui souvent résistent le mieux.

Le rôle des Régions est primordial, on le voit, on le sait, par essence et par définition, la centralisation n’est pas locale. Il est urgent de revenir à de l’hyper local, de consommer sur place ce qui est donc produit (et parfois transformé) à la source, de relocaliser tout ce qui peut l’être.

Depuis quelques semaines maintenant, nous voyons se mettre en place sur Internet des plateformes de partage alimentaires, des solidarités entre producteurs qui via ces plateformes en ligne peuvent atteindre directement les clients et vendre à distance (en livrant ensuite avec protection bien sûr).

Cette approche, qui existe depuis longtemps, prend aujourd’hui tout son sens. Mais il aura fallu cette crise pour se convaincre de l’utilité et de la force du local, mais surtout aux décisions et actions locales…

Et partout, notamment dans les petites communes, on remarque des activités – habituellement sans points communs – se rejoindre pour former une chaîne (préparation, réparation, livraison, troc). Ces “inter-services” propulse la vraie notion de lien, et souligne la complémentarité entre métiers ET au service de la communauté.

Depuis ce confinement, les actions alternatives sous forme de systèmes D sont retournées puiser dans les forces vives de l’imagination. Perduront-elles après ? Toute la question est là.

Oui, l’imagination est toujours au pouvoir… mais surtout au local ! Ne perdons plus cela de vue.

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#EmojiBZH : ya !

Ne feignons pas la surprise de voir que la campagne pour un emoji breton #EmojiBZH a battu des records de participation, via le réseau social Twitter sur lequel il a été lancé, grâce au collectif du même nom.

L’objectif est de décrocher un émoji du drapeau breton parmi le panel proposé par le réseau social.
En ce début d’année 2020, les Bretons ont su se mobiliser en ligne, affichant près de 406 000 hashtags…
france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/bretagne-va-t-elle-planter-son-drapeau-planete-emoji

Le hashtag en version bretonne #GwenHaDuBZH a également cartonné ! Une fierté bilingue.

Au fait, qu’est-ce qu’un émoji exactement ? Définition.

 

Pourquoi ?

Au-delà de l’émoji, le drapeau breton reflète tout un symbole. Cette démonstration de force, de positionnement, se révèle bien plus qu’une marque affective. La défense d’une région…

La reconnaissance d’un émoji aux côtés d’autres régions qui ont déjà leur drapeau apparaît légitime. Après tout, la Bretagne fait partie du monde celtique, comme l’Irlande, le Pays de Galles… Et les Walse ont leur drapeau en émoji !

Cet article du 16 février provient de la communauté bretonne “Breizh America” à New York qui pose la question “Un drapeau émoji peut-il aider la Bretagne à briller sur la scène mondiale ?

Certes, cette approche est sympathique. Mais ne perdons pas de vue cette situation pour le moins contradictoire :
– d’un côté un engouement qui fait le buzz, rassemblant tout ce que l’on peut compter comme profils inscrits sur Twitter et qui soit sont Bretons, soit aiment la Bretagne ;
– de l’autre pourtant, une réelle difficulté pour sauver la langue bretonne.

Ce buzz serait-il éphémère, occasionnel ? On pourrait penser que la fierté d’être Breton s’arrête à ce qui semble purement marketing car ceux qui parlent le breton de nos jours ne sont pas légion. L’intention paraît donc davantage promotionnelle.
Le mensuel Le Peuple Breton l’analyse très bien ici : émoji.

 

Pas avant un an…

Il va falloir être patient car le résultat de cette demande ne sortira qu’en janvier… 2021.

Si la campagne pour cet EmojiBZH s’est terminée le 8 février dernier, on peut noter – mais quoi de surprenant –, que le hashtag #EmojiBZH continue toujours actuellement de parsemer de tweets iodés le flux de Twitter.

Ce clin d’œil actif n’est sans doute pas près de s’arrêter. Breton jusqu’au bout et pas à moitié !

 

Mise en perspective
A
rticle de Numerama : De l’émoticone à l’emoji, retour sur un symbole éminemment politique et culturel
Une émoticone peut-elle devenir un puissant outil de communication ? La saga #emojibzh

Goody :
Émoticones, une nouvelle écriture

 

Les prénoms bretons ont du caractère

Comment t’appelles-tu ?

On dit souvent que notre personnalité s’adapte au prénom que l’on porte.

Porter un prénom relié à une région n’est pas anodin. Ce sont ses racines que l’on affiche et que l’on porte avec fierté.

Il y a même des études sur le sujet comme par exemple Le prénom : un élément de l’identité participant à l’évaluation de soi et d’autrui, à lire sur le site du Cairn, et dont un des auteurs se nomme Gueguan…

Le prénom breton est identifiable. Quand on rencontre un Yvonig ou une Nolwenn, il y a de fortes chances que l’Ouest leur parle.
Et s’il est une région où les prénoms sont identifiables, c’est bien la Bretagne !

Mais c’est finalement assez récent car ce que la plupart des gens ignore c’est qu’une loi datant du 1er avril 1803 (220 ans !) stipula que les nouveaux-nés ne devaient porter que les noms figurant sur le calendrier ou ceux de personnages historiques célèbres… mais pas ceux des calendriers locaux.

Exit les prénoms bretons, qui devenaient donc illégaux !

Identité, ma fierté

Saluons la ténacité de M. Le Goarnic, finistérien de Moëlan-sur-Mer, qui dans les années 50 eut maille à partir avec l’État français sous prétexte qu’il désirait simplement donner des noms bretons à ses enfants…

Adraboran, Brann, Diweza, Garlonn, Genn, Gwendal, Katell, Maïwenn, Morgan, Patrig, Sklerigenn et Yann virent bien le jour, mais certains n’étant pas reconnus par l’État, c’est comme s’ils n’existaient pas aux yeux de la loi.

En conséquence, cette famille n’eut pas droit aux allocations familiales. Le seul aspect positif est que les garçons de cette fratrie, inconnus de fait à l’état civil, évitèrent les deux années de service militaire, n’étant inscrits nulle part.

La famille résista durant près de quinze ans et pour finir, il fut attribué aux enfants une carte d’identité spéciale, affichant double nationalité, bretonne et européenne, permettant de contourner la loi de 1803.

À partir des années 70, les prénoms locaux sont enfin autorisés. Les prénoms bretons, bridés plus d’un siècle et demi, se mettent alors à se multiplier et continuent de séduire aujourd’hui.

Un prénom breton en breton, c’est logique

Restent à conquérir aux yeux de la loi les prénoms avec tilde (Fañch), et même ceux comme Derc’hen.
Alors que sur les noms ou mots bretons, les autres accents sont légaux : Sant-Maloù, Bilioù.

Ces affaires sont d’autant plus incompréhensibles qu’en Bretagne tous les panneaux de signalisation bilingues sont par ailleurs autorisés.

Ainsi, des communes affichent sans problème sur leur panneau un trigramme ou “c apostroche h” (Crac’h, Benac’h, Brec’h, Bodsorc’hel…), un accent circonflexe (Mêlewenn) et même les deux (Kledenn-Poc’hêr)…
De plus, les panneaux des rivières sont aussi souvent en breton ; et d’ailleurs “Le Trieux” s’écrit An Treñv, avec un tilde !

La langue bretonne est une langue régionale reconnue et active. Et pour une raison liée à la prononciation de certains mots, l’accent tilde ~ en fait partie.
Il existe également des calendriers bretons affichant bien Fañch. Alors pourquoi tout ce foin autour du tilde ?

Rappelons que depuis le 8 janvier 1993, le choix d’un prénom est libre !

Pourquoi choisir un prénom breton pour ses enfants

Le casse-tête du prénom commence souvent avant la naissance. Or l’avantage des prénoms bretons est qu’ils sont nombreux et variés.
En plus, ils dépassent rarement deux syllabes. Beaucoup de prénoms masculins sont féminisables en leur ajoutant un “a” au bout.
Il est également possible d’accoler à ces noms le diminutif affectueux “ig” : Alan-ig, Anna-ig, Gael-lig, Lena-ig, Noe-lig, Yann-ig, Yvon-ig…

Source Ofis publik ar breizhoneg :

“Choisir un prénom pour son enfant n’est pas anodin. Les prénoms sont des marqueurs d’identité que les enfants conserveront toute leur vie. À une époque de mondialisation et d’instabilité, les prénoms bretons ont l’avantage d’offrir des repères stables. Que vos enfants soient nés en Bretagne ou pas, leur prénom sera pour eux une référence importante vers laquelle ils pourront se tourner, une étape dans la construction de leur personnalité.
Tous les prénoms renvoient à un imaginaire collectif. Les prénoms bretons sont très anciens ; pour beaucoup, ils remontent au moins au 5e ou 6e siècles lorsque les Bretons de l’île de Bretagne (aujourd’hui la Grande-Bretagne) se sont installés en Armorique. On les retrouve nombreux dans les noms de lieux. Plus d’un, comme, Arzhur, Izold ou Marzhin, sont liés à la légende du roi Arthur.”

Voir aussi :
En 1966, la bataille judiciaire des prénoms bretons

Lecture :
Albert Deshayes
vient de sortir Les Prénoms bretons et celtiques, aux éditions Yoran Embanner.

Goody :
Quand le ñ était français…

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